Lisieux. Les avocats vent debout contre la réforme

Anne BLANCHARD-LAIZE., le 22 novembre 2018 à 20h13
Tous les barreaux de France se sont mis en grève, jeudi 22 novembre 2018, en réaction au projet de réforme judiciaire dont le texte est débattu cette semaine à l’Assemblée nationale.

Pourquoi ?- Comment ?

Pourquoi les 40 avocats de Lisieux se sont mis en grève jeudi ?

Les avocats craignent la création de déserts judiciaires et un accès plus compliqué à la justice pour les citoyens, en particulier à Lisieux. « Les engagements pris par le gouvernement et Mme le Garde des Sceaux auprès des représentants de la Conférence des bâtonniers, du Conseil national des barreaux et du barreau de Paris ne sont pas tenus,indique Me Noël Prado, Bâtonnier du barreau de Lisieux. Nous constatons que le gouvernement ne s’est pas opposé à des amendements votés en commission des lois à l’Assemblée Nationale par des députés La République en marche de la majorité présidentielle. »

En quoi consistent ces amendements ?

Ces amendements visent à étendre le principe de spécialisation aux tribunaux judiciaires de Première instance et aux cours d’appel. « Cela veut dire que le gouvernement, pour faire des économies, n’a en rien renoncé à supprimer à moyen terme des cours d’appel et à instaurer une juridiction départementale de Première instance, explique MePrado. Ni à une déjudiciarisation massive des contentieux, via des plateformes numériques, toujours par souci d’économie budgétaire. »

Pourquoi le Barreau se mobilise-t-il ?

Il y a un an, face à la présentation de cette réforme, une concertation a été organisée autour de cinq chantiers avec la profession. « Nous avons dès le départ été opposés car si nous avons pour Lisieux échappé à la mort subite, la réforme annoncée est une mort lente où, tôt ou tard, le justiciable sera abandonné. » Car d’une part, précise Me Prado « la digitalisation à venir des moyens de communication avec les juridictions limitera l’accès des plus démunis au juge » , mais que d’autre part « la diminution de l’aide juridictionnelle, qui sera votée en 2019 et qui ne vise qu’à en réduire les coûts, se fera au détriment des droits de ces mêmes justiciables ».

Sur quels soutiens peuvent compter les avocats de Lisieux ?

François Aubey, président de l’agglomération Lisieux-Normandie, rappelle dans un communiqué que « bon nombre de services publics, notamment lexoviens, ont été récemment menacés » et que « le maintien du tribunal de Lisieux a été une importante victoire ». De fait, après pas mal d’incertitudes, le personnel de justice, les avocats et les usagers bénéficieront d’ici le premier semestre 2020 d’un bâtiment neuf sur le site de l’ancienne usine Wonder. François Aubey rappelle que « le nécessaire assainissement des finances publiques ne doit pas conduire à éloigner l’usager du service public ou à en amoindrir la qualité ».

Sur sa page Facebook, le député de la 3e circonscription Sébastien Leclerc apporte également tout son soutien au mouvement.