Les 40 avocats du barreau de Lisieux sont vent debout contre la réforme judiciaire dont le texte est présenté à l’Assemblée nationale.

Les avocats unis contre la réforme judiciaire

Anne BLANCHARD-LAIZE., le 22 novembre 2018 à 19h40

A Lisieux, la réforme judiciaire, qui avait mobilisé le barreau il y a un an et évité la mort subite du tribunal satellite de Caen, revient sous une autre forme. Les 40 avocats craignent désormais une mort lente. Ils étaient en grève hier.

« Si nous avons échappé à la mort subite l’an dernier, insiste Me Noël Prado, président du barreau, au nom des 40 avocats de Lisieux, nous craignons désormais une mort lente, mais une mort qui arrivera tôt ou tard, tant la réforme judiciaire est à notre sens nuisible. » Localement « le tribunal de grande instance de Lisieux (TGI) risque de devenir une grosse juridiction de proximité », comme Dieppe et 44 autres TGI en France.

C’est-à-dire que tous les contentieux entre guillemets un peu techniques, qui sont néanmoins des dossiers courants à Lisieux, vont se trouver basculer sur le TGI de Caen (300 avocats). « Ce qui fait que le TGI de Lisieux va être vidé de sa substance, ce qui veut dire que certains de mes confrères risquent, à certains moments, de migrer eux aussi à Caen. Entraînant une désertification du monde judiciaire sur notre territoire. »

Le deuxième point qui inquiète beaucoup les avocats de Lisieux, c’est « la déjudiciarisation ». Notamment en ce qui concerne la pension alimentaire qui pourrait dans la réforme être gérée par les Caisses d’allocations familiales (Caf), « ce qui pour la profession constitue un non-sens, puisque la Caf est le prestataire et qu’elle serait également celle qui fixerait la pension alimentaire ! » L’autre grand danger « pour nous, c’est le volet de la digitalisation, car le justiciable démuni, – ce qui représente 15 % de la population -, ne pourra pas faire face à ce qu’on lui demande. »

Le barreau de Lisieux, comme les 160 barreaux français, était en grève jeudi et reste fortement mobilisé. Les avocats pourraient suspendre les commissions d’office.